Préface (par Jean-Marie Kassab)

Le gardénia de la cave

Pire que les amours cachées, les amours impossibles sont les plus douloureuses. Amours impossibles qui collent à la peau de leurs protagonistes sans lâcher prise. Des sentiments si intenses qui défient les âges, les contraintes et même les guerres interminables dont celle du Liban. Une des guerres les plus étranges de l’histoire et qui fit que nombre de libanais quittèrent leur pays sans vraiment le faire. À se dire que les Libanais déménagent en emportant leur patrie détestée et chérie en même temps avec eux. Ils bourrent leurs malles de leurs habitudes, débrouillent toujours parmi les vêtements une grande place pour leurs souvenirs, et ne manquent jamais de s’acheter un billet de retour, «parce-qu’on-ne-sait-jamais».

Libanaise typique, Marianne a su insuffler à son histoire l’âme du Liban cosmopolite en truffant son texte de boutades dont seuls sont capables ces acrobates des langues que sont les libanais. En plus du français de base, de l’incontournable arabe parlé et de l’anglais qui récemment se faufile dans les conversations, elle a saupoudré son texte de Portugais puisque sa plume voyageuse s’est aussi promenée au Brésil. Loin de se suffire de ce mélange hétéroclite de langues, elle a généreusement parsemé par-ci par-là sa narration de petits poèmes croustillants.

Si les lettres d’amour des siècles précédents furent arrosées de parfum, Marianne ne manqua pas à cette coutume en recourant au Gardénia, sauf qu’elle remplaça le parfum liquide par l’encre de sa plume. Reine indiscutable des senteurs, blanche comme la pureté de l’amour qui unît Alex et Gardy, cette fleur trône sur chaque page. Sauf que les fleurs elles peuvent se faner, un grand amour, jamais.

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